Essai d’analyse astrologique du thème de Pablo Picasso

Préambule

Remarque : ce travail d’analyse a été réalisé dans le cadre du second cycle de formation à l’astrologie conditionaliste® à l’intention de mes ‘élèves’. Pour les non férus d’astrologie conditionaliste, j’ose penser qu’ils y trouveront quelques intérêts.

L’idée-phare qui doit prédominer dans ce travail est de procéder par synthèse. C’est une des forces du conditionalisme d’avoir un langage qui permet de dégager les grandes tendances d’un thème. Ensuite il devient plus aisé d’affiner, de sculpter, de ciseler les tendances principales qui ont été dégagées, c’est ce que j’ai fait dans ce travail d’interprétation. Au final j’obtiens un document d’une dizaine de pages, mais si je retire les développements articulés avec les éléments biographiques et historiques, trois pages auraient suffit à dresser un portrait synthétique consistant.  

Quelques écueils à éviter

Les écueils les plus fréquents sur lesquels buttent les étudiants dans un travail d’interprétation synthétique sont les suivants :

  • développer et interpréter des tendances secondaires, voire mineures sans avoir pu ou su au préalable asseoir un socle solide d’interprétation (les grandes tendances ou lignes interprétatives qui se dégagent du thème).  Le peintre ne commence pas par les détails, il met en place l’architecture, la structure d’ensemble, les grands aplats de couleurs, les grandes masses, etc. Le musicien définit un thème, une structure tonale qui servira de base à sa composition. Il en va de même de l’interprète d’un thème astral…
  • Affirmer des significations sans justifier ou argumenter. Il faut autant que faire ce peut être le plus explicite possible.
  • Vouloir aller trop vite et négliger d’exploiter les informations basiques du thème : dominantes planétaires, des groupes RET (triades, quartes et quintes), non dominantes remarquables, relation entre dominante et non dominante, formule zodiacale dominante, relation dominante planétaire/ signe dominant. Rien que ça, sans même aborder les aspects, la domification et les transits, il y a beaucoup à dire… En développant la formule d’une fonction planétaire on peut dire beaucoup. Certes on ne dira pas tout, mais vous pourrez être surpris de ce que vous pouvez ‘attraper’ comme signification pertinente.

Interprétation

En premier lieu, je vais m’arrêter sur ce qui saute au regard à l’examen de la carte du ciel, c’est une manière de dégager une structure globale quand il y en a une d’identifiable. Ce n’est pas toujours le cas. L’idée est de saisir un axe ou un angle d’attaque central et de laisser de côté des éléments secondaires ou mineures, quitte à y revenir dans un second temps pour les articuler avec les tendances foncières. Ne pas perdre de vue qu’un thème est un tout organique dont toutes les parties sont liées et ordonnées au fonctionnement de l’ensemble. Il ne s’agit pas de découper en morceaux le thème et d’interpréter à la queue leu leu les éléments trouvés au petit bonheur la chance !

Carte du ciel de Pablo Picasso réalisée avec le logiciel d’astrologie Azimut35

Hiérarchisation 

Planètes

Saturne, Neptune, Jupiter, Pluton, Soleil, Mars, Mercure, Lune, Uranus, Vénus

Hiérarchie des triades R.E.T.  : E, t, T, r, P, e, R, p

Avec une dominante de la quarte non-r (cercle fou)

Saturne se détache (synthèse de synthèse : intersection des familles t et E dans le médaillon RET.

Planète aveugle : Vénus

Planètes d’appel : Vénus, Uranus (voir addenda en fin de document)

RET Pablo Picasso
Diragramme RET de Pablo Picasso

Hiérarchisation des Signes

Scorpion, Taureau, Lion ? (Asc vide), Sagittaire (par la Lune),

F- (8 planètes en F-), Induction négative, V- (4 planètes rapides en V-)

Première observation

Je remarque que  le Soleil au FC éclaire l’amas Saturne-Neptune-Jupiter-Pluton. Ce qui est mis en vedette sont les fonctions à dominante non-R : Saturne-Neptune-Pluton, toutes trois liées au registre « T » c’est-à-dire le registre du non-apparent, du caché, de l’inconscient, des forces chthoniennes relevant d’une autre logique, d’une autre conscience ou perceptions de la réalité. Je ne peux m’empêcher de considérer la présence du Soleil (rR) qui fait face à cet amas non-R. Le Soleil aura sans aucun doute un rôle important dans l’œuvre et la vie du peintre.

Le Soleil (rR : la conscience de soi, l’image de soi que nous renvoie la sphère sociale et à travers laquelle nous pouvons nous reconnaître comme unique, différent…) fait face à une puissante sollicitation relevant du caché, d’une sphère étrangère aux modes et coutumes de son temps : Pluton, en lien avec l’innommable, l’indicible, l’inaccessible; Neptune en lien avec les conditionnements extra-personnels, les forces inconscientes décidant de nos conduites; Saturne en lien avec une certaine maîtrise de l’action capable d’orienter la recherche expérimentale vers des vérités hors-normes.

Hypothèse :  Il y a sans doute pour l’homme Pablo Picasso un défi identitaire (mais aussi un défi artistique : comment saisir de manière unitive la complexité du réel) à relever pour ne pas se laisser engloutir par le multiple conflictuel qu’il porte en lui. 

J’aime à voir métaphoriquement dans la position du Soleil au FC (au minuit) face au poids non-r du trio Saturne-Neptune-Pluton au MC, le geste éblouissant et dramatique de toute une vie : la conquête et la victoire du Soleil (pouvoir du roi) sur les forces nocturnes, la recherche de l’or pur sous la roche noire et opaque de la matière, l’inscription d’un talent singulier, hors-norme dans l’histoire de l’art moderne et la conquête d’une renommée mondiale comme aboutissement d’une lutte artistique et existentielle de toute une vie. Il est frappant à ce titre de remarquer que le père de Picasso, Don José Ruiz y Blanco, peintre lui-même et professeur des Beaux-Arts, décida, dit-on, d’abandonner la peinture face au talent prodigieux de son fils auquel il céda ses pinceaux alors que Pablo n’est encore qu’un jeune adolescent. N’y a-t-il pas dans ce geste d’effacement du père vers son fils prodige une invitation d’émancipation et de dépassement. Picasso signera à partir de 1901 (il a alors 20 ans), ses toiles avec le nom de sa mère. Peut-on y voir un lien avec le geste d’effacement du père ou avec une volonté délibérée du jeune peintre de tuer symboliquement le père pour accéder à sa propre vérité et identité. C’est possible. Je proposerai une autre hypothèse plus loin à la lecture que l’on peut faire de la planète aveugle.

Nous avons là déjà des pistes d’interprétation à mon sens pertinentes.  On peux déjà supposer un axe central dans la vie du peintre : le combat entre la lumière et l’obscur, entre les forces collectives, dépersonnalisantes et les forces individualisantes. Il y a dans ce conflit R-T une dramatisation de l’existence qui sera exacerbée par l’induction négative du Scorpion et sa dynamique propre de milieu de saison : réagir par une force de singularisation à la dominante associative, collective de l’automne. On a donc un effet de renforcement par le Scorpion de l’axe oppositionnel R-T. Lumière et obscurité, ordre et chaos, conscience unifiante et dissolution se font face et seront engagés dans une lutte où la force de composition (sens du dosage) du Scorpion sera bienvenu pour réunir en un point de vue singulier ce qui est désuni et inconciliable. 

Je cite Jean-Pierre Nicola à propos du sens du dosage Scorpion (j’ai surligné les passages éclairants). N.B. Dans La Condition solaire, ce que nous appelons maintenant ‘sens des ensemble’ était nommé dans un sens plus large ‘force de composition’. Cette force étant à son maximum en signe solsticial) :

« Pluton-Janus résume clairement la situation : deux profils, l’un blanc, l’autre noir, sont associés symétriquement. L’homme du Scorpion est « double », en lui, diront les symbolistes, il y a le Saint et le Maudit, le Ciel et l’Enfer. Nous avons vu la composition du Printemps (osmose), celle de l’Été (agrégation), la composition de l‘automne apporte au Scorpion un troisième style : la coordination des contrastes que la Balance n’a pu réaliser, car il s’agit d’unir en une seule conduite deux choses opposées, et non d’osciller d’un pôle à l’autre. L’inhibition différentielle ne tolérerait d’ailleurs pas un autre schéma d’association, elle choisit un ennemi réellement antithétique, un véritable contrepoids, en essayant d’orienter le dynamisme du conflit vers l’adaptation. Cela nécessite parfois un dialogue direct avec le rival, il faut se hasarder suffisamment dans ses rangs pour le convertir. 

Nous voilà dans l’univers du double-jeu, avec une composition parfois si étroite que notre Scorpion s’y reconnaît de justesse : il lui est facile de changer de camp, et en pesant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, son action donne du relief aux combats de l’existence. Dans la vie sociale, notre Scorpion est un homme-charnière. à califourchon sur deux univers, il sait généralement orienter les conflits à son profit, tirer avantage (matériel ou moral) d’une conflagration, d’une opposition, et marier les antagonismes au mieux de ses intérêts. La vie amoureuse offre de son côté un terrain idéal pour le jeu des contraires : le savant mélange de douceur et de violence, la dose efficace de mépris et d’adoration créent des attachements forcenés. Ajoutons que métaphysiquement, le Scorpion s’intéresse aux interférences de Dieu et du Diable, aux incidences de la Vie sur la Mort et vice-versa. 

Essayons de pénétrer plus intimement le secret de deux forces opposées devenues complices. La différenciation souligne les incompatibilités : les deux forces seront deux extrêmes, deux valeurs types ; la composition tente de les rapprocher, elle commence le Sagittaire où règne une interdépendance organisée, mais cette tentative ne réussit pas parfaitement car le sens des contraires maintient l’exclusive.Si celle-ci domine, nous aurons les types Scorpion rageusement engagés dans une voie, passionnés et autres, mais sujets à un retournement qui découvre tout de go l’envers de leur Moi : mystique s’il pratiquait la raison froide, pornographe s’il était prude. Fréquemment, l’homme cherche la composition, il se sent alors dans la situation d’un amoureux qui, passionnément épris, découvre des impulsions négatives à la base de son amour.Pour aller en un seul sens, purifier cet amour auquel il veut donner un caractère d’intégrité, il s’emploiera à convertir son fond rebelle. Ainsi voit-on des êtres purs obsédés par une tache ; ainsi se pose, semble-t-il, le schéma de la sublimation. Au stade Scorpion, le travail de conversion bat son plein, réussites et échecs y voisinent »  (in La Condition solaire)

Formule zodiacale dominante : induction négative (Scorpion + Taureau) en dissonance : tension, extrême concentration, tempérament violent ou passionné.

Force Inhibition différentielle :disséquer, différencier, séparer, disséquer (les plans), discriminer, afficher sa singularité, sa différence, son individualité inaliénable.

Sens du dosage : passage du sens des contraires au sens des ensembles : réunir des points de vue opposés. « L’associativité concentrée demande d’unir dans une seule optique deux choses opposées, alors que l’inhibition différentielle maintient les antagonismes. C’est l’univers du double-jeu : on dialogue avec l’adversaire pour mieux le combattre et l’amener sur son terrain. On fait un pacte avec le diable pour faire triompher le bien. On se situe sur les charnières, les lignes de fracture, propices aux double-jeux sournois? On s’associe étroitement avec son rival pour mieux le ligoter. »(Manuel d’Astrologie universelle). 

On peut aussi parler de la formule inadaptée zodiacale au vu des aspects dissonants de l’axe MC-FC

Il peut donc y avoir des chutes dans la f+ (manque d’excitation déblocante). Dans son travail de recherche Picasso a dû connaître des moments paralysants et sans issue, combien de fois a-t-il dû tourner en rond en lui-même, dans ses obsessions picturales, ses échecs et la conscience aigüe de sa singularité. Si on conjugue la f+ avec le cercle fou Saturne-Neptune-Pluton (j’en parle un peu plus loin), on peut imaginer la tension et l’enfermement extrême qu’il a dû connaître dans sa recherche marginale.

La phase paradoxalepouvant également exacerbée une sensibilité paranoïde aux sous-entendus, mais aussi lui donner un flair d’investigateur abusif pouvant tourner au cauchemar pour ses proches. Cela devait souvent sentir le souffre dans son atelier.

Remarque : On voit comment la dominante zodiacale module l’expression planétaire dominante exprimée par l’axe MC-FC. Pour prendre une image le signe est comme une enveloppe qui oriente, souligne, amplifie, module l’expression planétaire. Dans notre exemple c’est particulièrement flagrant.

Deuxième observation

Les 2 première triades sont E, t. Elles mettent en relief Saturne (tE), en effet l’intersection de la famille E (Jupiter, Mars, Saturne) et t (Mercure, Saturne et Pluton) désigne Saturne. 

Saturne, transcendance de l’Existence : creuser les faits, les phénomènes pour en découvrir les lois invisibles, les mécanismes invariants, les structures cachées, la complexité interne. La physique expérimentale en recherche d’éléments inconnus. Les actions en profondeur, secrètes, obscures, incertaines. La quête de l’universel à travers la problématique de l’expérience concrète. Le vécu dans son devenir et ses perspectives à long terme. Faire abstraction du ressenti, de l’éprouvé. Prendre du recul à l’égard du présent. Les situations ou confrontations génératrices de perplexité et d’hypothèses multiples. 

On pourra donc donner une importance centrale à la fonction Saturne, à l’image d’une clef de voute, d’autant plus qu’elle est la première de la hiérarchie. 

A ce titre on peut tenter l’hypothèse suivante : le cubisme ne serait-il pas d’essence saturnienne ? Picasso : « je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense ». Il y a chez Picasso – c’est une constante dans toute son œuvre – une volonté farouche et sauvage de ne pas s’arrêter à l’accident apparent de la forme pour aller à l’essentiel : l’architectonique de la composition et une recherche formelle dégagée des conventions, des modes, de l’imitation passive de la nature empêchant de comprendre en profondeur l’ordre sous-jacent des formes. Le grand « R » aveugle n’oblige-t-il pas à voir plus loin, au-delà des apparences ? Le rôle du petit « r », comme on le verra dans ma troisième observation, est central pour comprendre selon l’expression de l’historien des arts Elie Faure la « tension constante vers le style et la pureté de la forme débarrassée d’incidentes » qui traverse toute son œuvre.

Bien entendu on n’oubliera pas de s’appuyer sur les significations de la famille « t » et « E » pour camper la dynamique dominante d’expression. 

Grand ‘E’ : En quelques lignes on peut affirmer que c’est une personne réaliste, pragmatique et également dotée d’un sens sûr d’investigation et d’un bon esprit critique faisant de lui un chercheur n’ayant pas peur des tâches ardues et fastidieuses et ayant aussi la capacité d’organiser son travail en vue d’un résultat en ne négligeant pas de se donner des moyens efficaces et utiles pour avancer, ne perdant pas de vue non plus les opportunités du moment pouvant améliorer son confort (Jupiter)

Petit ‘t’ : Esprit curieux, sens critique développé n’ayant pas peur d’emprunter des voies de recherche marginales, ingrates. Esprit profond capable de quêter avec intensité le sens caché des êtres et de choses. 

Je vous invite à lire la description des familles ‘E’ et ‘t’ dans cet article « Intensifs-Extensifs » de Philippe Pinchon : cliquez-ici

Troisième observation

Examinons le RET circulaire en y plaçant les 5 premières planètes de la hiérarchie : Saturne-Neptune-Jupiter-Pluton-Soleil.

On voit apparaître le cercle fou non-R : Saturne-Neptune-Pluton (on pourrait ajouter Mars, 6eplanète du classement).  

Quarte non-R : Mars, Saturne, Neptune, Pluton

La dynamique de la quarte non-R invite à expérimenter, chercher, interroger, pétrir, disloquer la matière pour la faire accoucher de ses énigmes. En somme, mettre la matière dans tous ses états, sens dessus-dessous.

Et on peut dire que Jupiter-Soleil est comme la tangente qui permet de sortir du cercle non-R.  Sans la présence du petit « r »  Picasso aurait-il pu accoucher du monde obscur, chaotique qui l’habitait ? 

On peut  également s’interroger sur l’intrication de planètes non-R (Saturne, Neptune, Pluton) avec des planètes R (Soleil-Jupiter), l’ensemble étant très dissoné.

Comment concilier complexification et  simplification, comment ne pas trahir la complexité des choses (T), du réel en cherchant à les représenter (R) ? Le conflit d’induction accentuant les dissonances, ce conflit a dû être vécu à l’extrême. 

La gageure du cubisme est de représenter sur une surface plane à deux dimensions plusieurs points de vue du même objet. La solution « r » trouvée à ce paradoxe sera de décomposer l’objet en multiples facettes, l’œil, le cerveau du spectateur étant mis à contribution pour reconstituer l’unité de l’objet. Autant dire que la solution « r » trouvée est nouvelle et révolutionnaire, elle rompt avec les codes de représentation de la peinture classique (point de vue unique de l’objet ou de la scène traité selon les lois de la perspective héritée de la renaissance)

Il est intéressant de remarquer que son ami et complice Georges Braque a dans ses 5 premières planètes la quinte hyper-R (Uranus, Vénus, Mercure, Jupiter, Soleil) et, par effet de symétrie, dans l’ombre, la quarte non-R de Picasso !  On peut penser que Georges Braque a dû avoir une influence constructive auprès de Picasso, l’aidant à organiser, orienter sa fougue créatrice et sa recherche hors-norme. George Braque est réputé être le théoricien du cubisme, ce qui est en accord avec sa dominante hyper R favorisant un travail de formalisation du langage cubiste. En somme, Picasso le sourcier, l’inspirateur, le chercheur, Braque le penseur, le théoricien.

Dominante dans le thème de Georges Braque : la quinte hyper-R ou ‘cercle du discours’ : Soleil, Vénus, Mercure, Jupiter, Uranus.

La planète aveugle

Nous avons eu l’occasion d’évoquer ce qu’on appelle la planète aveugle. Pour préciser à quelle notion elle renvoie : la planète aveugle est la dernière de la hiérarchie des puissances planétaires et contient l’idée de rejet et de fascination tout à la fois. « Aveugle parce qu’elle peut être rejetée, refoulée ou interdites par les dominantes… Aveuglantes, parce que si l’évolution et l’ensemble du thème le permet, elle devient ce que l’être idéalise au maximum, ce qu’il porte aux nues. »(Jean-Pierre Nicola)

Dans le thème de Picasso, Vénus apparaît comme la fonction aveugle du thème : on peut donc insister sur ce que peut représenter pour un peintre la fonction vénusienne. La femme, muse et maitresse, lieu d’une idéalisation de la beauté et de l’amour représente probablement pour Picasso l’idéal vénusien. Vénus étant aveugle, on peut penser que son rapport à l’idéal féminin sera ambivalent, fait de fascination et de rejet. La relation privilégiée fait de réciprocité et de tendresse partagée propre à la fonction vénusienne (voir théorie des âges) n’ira donc pas de soi et sera plus idéalisée que vécue. Picasso était capable d’une infinie délicatesse dans les lettres qu’il écrivait à ses muses, mais cette infinie délicatesse se muait dans la vraie vie en amour tyrannique et violent. Il y a donc rejet, un aveuglement en acte de la relation vénusienne, relation fascinante, idéalisée vers laquelle aspirent les meilleurs sentiments de Picasso, mais inintégrable dans le vécu car lieu de chutes et d’échecs à répétition. On peut aussi penser que Neptune étant dominant, c’est par la voie Neptunienne qu’il vivait ses duo-duels, c’est-à-dire de manière volcanique et imprévisible. Neptune dominant, Vénus aveugle, deux fonctions proches (même but : niveau mars, le duo-duel) et symétriques (niveaux-source opposés, le un pour Vénus, le multiple pour Neptune), elles se ressemblent comme le suggère le slogan d’une boisson célèbre : « Ça a la couleur de l’alcool, le goût de l’alcool… mais ce n’est pas de l’alcool ». Picasso ne s’illusionnait-il pas sur les promesses de la fonction vénusienne idéalisée en y projetant, en y investissant toute sa fougue neptunienne ? La confusion ou ambivalence des attentes amoureuses ne pourra que déboucher sur la déception des amours incarnés.

D’autre part, on peut considérer que la recherche picturale de Picasso se tient à l’antipode de l’esthétisme conventionnel que l’on peut associer à la fonction vénusienneexistence de la Représentation(eR). En effet, les règles et normes de composition, les canons de la beauté (R) propres à une époque influencent la production artistique (e) mais aussi l’imaginaire des hommes et des femmes que nous sommes.  Le sens du beau est souvent une histoire de goût… formaté par les normes et modes culturelles. Et il faut beaucoup de recul et de distance critique (t) pour se libérer des carcans esthétiques (r). Un vénusien (eR non-t) aura beaucoup de mal à faire ce travail de distanciation par rapport à ses propres émotions esthétiques, sauf, bien sûr, si une dominante ‘t’ ou un transit planétaire ‘t’ est de la partie. N’est-ce pas le rôle de l’art, d’ailleurs, de nous libérer des automatismes de pensée,  des codes conventionnels qui colonisent nos imaginaires ? L’art de Picasso est bien de cet acabit.  

En effet, Picasso empruntera le chemin inverse de la fonction vénusienne dans ses créations, il partira de son instinct créateur et de son imaginaire inventif et hors-norme  (informé par Pluton, labouré par le cercle fou déjà évoqué) pour accoucher d’un univers de formes dérangeant et nouveau.  Son art procèdera,  vous l’aurez compris, non pas de la fonction vénusienne (il ne cherche pas à faire ‘beau’, à plaire ou séduire), mais bien plutôt de la fonction neptunienne (existence de la Transcendance) : son art se détermine à partir d’un lieu situé à l’antipode du Soleil rR. C’est surtout caractéristique de la période cubiste entre 1907 et 1914. Par la suite les muses  « r » de la renommée lui inspireront de cultiver son image d’artiste génial en exaltant sa fonction solaire (rR : être connu et reconnu, devenir un centre de référence,  être admiré comme un individu exemplaire, important et unique)… ce qui, soit dit en passant, fera de l’ombre à Georges Braque initiateur et inventeur du Cubisme au même titre que Picasso.

La « planète d’appel »

Vénus est planète d’appel, elle équilibre en effet le médaillon R.E.T après avoir placé les 5 premières planètes de la hiérarchie (voir addenda). Elle est appelée également à partir de la 4e planète de la hiérarchie en concurrence avec Uranus qui vient compléter les familles « r » et « T ». Jean-Pierre Nicola préconise de chercher la planète d’appel à partir de la 4eou 5e planète de la hiérarchie. Il est possible de s’arrêter à la planète appelée à partir des 4 premières si l’appel a des chances d’être entendu en apportant un apport allant dans le sens de l’adaptation du sujet.

Une planète appelée va gagner en mobilité par rapport à une planète non-dominante non appelée. Les planètes non-dominantes sont peu mobilisables, sauf à l’occasion d’un transit important où elles peuvent être ainsi réveillées.  C’est pourquoi on peut dire qu’une planète d’appel est une planète ressource, puisque mobilisable, on peut y  faire appel lorsque la situation l’exige car elle est théoriquement promesse d’équilibre retrouvée.

Parfois la planète d’appel sera difficilement mobilisable, quand elle est très dissonée par exemple. Dans notre cas de figure Vénus et Uranus sont reliées harmoniquement à l’opposition Pluton-Lune pour Vénus, et à la conjonction Neptune-Saturne dissonée par le Soleil pour Uranus.

RET Piacsso
Uranus et Vénus sont appelées par les 4 premières dominantes

On pourra donc prendre en compte l’importance de ces 2 planètes-ressources aux vertus équilibrantes dans un climat dramatiquement tendu. Vénus apporte au conflit Lune-Pluton (émiettement de la personnalité, sentiment d’étrangeté, angoisse de dissolution, d’éclatement) une voie d’apaisement : se sentir exister dans le contact sensuel et intime avec l’autre, quitte à multiplier les intimités (Picasso a eu de nombreuses maîtresses, parfois plusieurs dans la même période. Recherchait-il à combler une blessure archaïque liée à la relation maternelle ?). Vénus étant de surcroît planète aveugle, on peut penser que cette solution n’était sans doute pas évidente, j’en ai dit quelques mots plus haut : la planète aveugle est source d’ambivalence et de rejet. 
Symptomatiquement parlant, n’est-il pas étrange et tout à la fois significatif que Pablo Ruis Picasso (de son vrai nom) ait choisi le nom d’une femme, sa mère (María Picasso López) pour signer ses œuvres ? Est-ce un clin d’œil à la muse Vénus… aveugle ?

La solution par Uranus est sans doute plus fertile dans le conflit R-T évoqué plus haut. Uranus complète la famille « r » et « T ». Derrière le chercheur marginal, inquiet, tourmenté il y a dans sa trousse à outils, « prêt à l’emploi », une volonté de synthèse, une capacité à cérébraliser, à mettre en ordre,  à imposer sa vision originale et hors-norme du monde, à simplifier le complexe (Uranus : représentation de la Transcendance, passage du Multiple au Un). On peut parier que Picasso a su utiliser ce ressort ‘uranien’ dans les moments de sa vie, de son œuvre qui réclamaient des solutions ou évolutions nouvelles. Le cubisme est né dans l’orbe de transit d’Uranus céleste au trigone d’Uranus natal et au trigone de Neptune natal, réactivant le trigone natal entre ces deux planètes. Hasard ou déterminisme ? Il est aussi intéressant de constater que son complice Georges Braque a dans ses deux premières dominantes Uranus au MC et Vénus au DS qui sont les deux dernières planètes du classement planétaires de Picasso !  

Je vous renvoie à l’article Planète d’Appel en Astrologie conditionaliste où je développe un peu plus le sens de la planète d’Appel avec schémas à l’appui.

Remarque : Il est assez fréquent que les aveugles et/ou les planètes d’appel soient présentes dans le thème du ou de la partenaire. N’est-il pas astro-logique que les réponses à nos attentes inconscientes ou appels viennent de l’extérieur. Nous sommes des êtres de relation et la relation est le plan privilégié de l’astrologie, c’est aussi le plan sans la présence duquel nous ne pourrions nous réaliser et nous connaître.

Conclusion

J’ai essayé de montrer à quoi peut ressembler une interprétation conditionaliste. Ce qui est important est de se donner une trame et d’avancer méthodiquement en exploitant soigneusement le langage de base : groupes planétaires dominant et non-dominant, planète dominante, non-dominante, aveugle, formule zodiacale (force et faiblesse), regroupement, rapprochement de signifiants entre formules planétaires et zodiacales, faire des hypothèses, les argumenter, les illustrer. Le thème ne dit pas tout, c’est une grille de lecture prospective qui permet de faire apparaître des aspects nouveaux ou importants dans le fonctionnement d’un individu, dans son rapport au monde.  Je n’ai pas tout interpréter, j’aurai pu mettre en avant les 2 derniers groupes RET (R, p), décortiquer davantage la formule zodiacale du Scorpion et du Taureau, analyser tous les aspects, etc. Mais la demande de l’exercice était de rester synthétique ce qui ne veut pas dire réducteur.